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Comment l’innovation peut contenir la désindustrialisation dans un contexte de libre-échange

par Jean Bourdariat

mercredi 4 juillet 2012 - Mis à jour le mardi 17 juillet 2012

Lire le texte intégral de cet article dans Journal of Innovation Economics 2012/1 (n°9), pages 199 à 221. ISSN : 2032-5355. Lien : http://www.cairn.info/revue-journal-of-innovation-economics-2012-1.htm.

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Usine à Chatellerault

La croissance des importations par les pays industrialisés de biens en provenance de pays à bas salaires a généralement été considérée comme bénéfique conformément à la théorie classique du commerce, permettant un approvisionnement au meilleur coût tout en favorisant l’émergence des économies en développement. Ces importations ont accéléré la disparition de pans entiers de l’industrie lorsque celle-ci n’était pas compétitive. Cette destruction n’a été créatrice – au sens schumpétérien – que dans les pays développés qui ont su retrouver des facteurs de compétitivité par une politique économique adéquate.

En l’absence d’une politique économique – lorsque la réallocation des ressources était laissée au marché –, ou dans le cas de politiques économiques inappropriées, les activités de substitution ont été insuffisantes pour compenser les pertes d’emplois et de revenus. Les pays du nord n’ont pas anticipé que la hausse de la consommation entraînée par les baisses de prix, associée à l’augmentation du rendement des actifs exercerait une telle pression sur les salaires et sur l’emploi ; ce scénario avait pourtant été formulé par Ricardo il y a bientôt deux siècles. Malgré des coûts de main d’œuvre supérieurs, les pays industrialisés peuvent rester compétitifs, à condition qu’ils accroissent leur effort de recherche et d’innovation sur les produits pour les positionner en haut de gamme, que leur effort de recherche et d’innovation sur les procédés fasse augmenter la productivité, et enfin que les taux de marge des entreprises installées sur leur territoire soient comparables à ceux de leurs partenaires commerciaux et de leurs concurrents.

Lorsque la marge domestique des unités de production est insuffisante et ne permet pas de réaliser des bénéfices au niveau des attentes de leurs actionnaires, les firmes multinationales ont le choix entre deux stratégies pour rehausser leur rentabilité globale.

La première stratégie est d’investir dans des unités de production situées situées dans des pays à bas salaires, lesquelles peuvent aussi bien approvisionner les marchés locaux qu’exporter les biens vers leur territoire d’origine : la conséquence sur l’activité, l’emploi et la balance commerciale dans le pays d’origine est défavorable, et les revenus tirés des licences et brevets sont insuffisants pour contrebalancer cet effet.

La seconde stratégie est d’investir dans des processus de production intégrés à l’échelle mondiale, dont la complexité est une barrière à l’entrée de concurrents : de tels processus constituent un avantage important pour le pays d’origine de la firme, qui aura la possibilité d’exporter des demi-produits vers les unités de production délocalisées, qui parviendra à mieux conserver la maîtrise technologique acquise, et qui bénéficiera enfin de la haute valeur ajoutée des services professionnels – informatiques, financiers, logistiques – développés pour le pilotage de ces processus.

De nombreux exemples et l’analyse des investissements étrangers entrants et sortants montrent que les firmes multinationales françaises ont plus tendance à choisir la première stratégie, et les firmes allemandes la seconde. La première stratégie met les unités délocalisées en concurrence directe avec les entreprises industrielles des pays émergents. Celles-ci s’efforcent d’étendre leur part de la valeur qu’elles produisent vers l’amont et l’aval du processus de production. Les filiales locales des firmes multinationales doivent alors suivre le même mouvement, ce qui amène à délocaliser à leur tour des activités à plus forte valeur ajoutée – bureaux d’études, marketing – qui ne sont plus sanctuarisées sur le territoire d’origine.

A moins d’un sursaut de l’investissement et d’un effort d’innovation sur « ce en quoi on est bon en production », poursuivi sur longue période, une évolution négative de la richesse du territoire d’origine est à craindre. Les autorités publiques doivent d’urgence encourager l’entrepreneuriat et l’investissement dans de nouvelles activités à valeur ajoutée.

P.-S.

Ce texte est un résumé de l’article "How innovation can offset deindustrialisation in an open trade context. Causal analysis for four countries : Chile, Mexico, Germany, France".